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BC Ressources humaines

Rémunération des cadres au Québec : positionner vos postes avant que le marché ne s’en charge

Graphiques financiers et données de rémunération

Perdre un finaliste à l’étape de l’offre est probablement l’échec le plus coûteux d’un processus d’embauche. Des semaines d’entrevues, des références complétées, un comité mobilisé, puis un refus poli parce que la proposition arrive 15 % sous les attentes. La rémunération des cadres est pourtant l’un des paramètres les mieux documentés du marché québécois. Selon les prévisions salariales pour 2026 compilées par la firme Normandin Beaudry auprès de plus de 1 000 organisations canadiennes, les budgets d’augmentation moyens s’établiront à 3,1 %, en légère baisse par rapport aux 3,2 % accordés en 2025. Les employeurs qui traitent ces données comme un simple point de repère annuel passent à côté du vrai enjeu : le positionnement salarial est devenu un exercice permanent, et les candidats de niveau direction arrivent désormais à la table mieux informés que bien des services RH.

Des budgets d’augmentation en repli, une vigilance en hausse

La prudence domine les prévisions de 2026. Au-delà de la moyenne de 3,1 %, deux signaux méritent l’attention des directions. La proportion d’organisations envisageant un gel salarial passe de 2,3 % en 2025 à 5,3 % pour 2026, un doublement qui traduit la nervosité économique ambiante. En parallèle, 42 % des organisations prévoient des budgets additionnels moyens de 0,9 %, destinés en priorité aux ajustements de marché et à la rétention des employés les plus performants. La lecture stratégique est limpide : les hausses générales rétrécissent, les enveloppes ciblées grossissent. Autrement dit, on paie de plus en plus l’écart au marché, de moins en moins l’ancienneté.

Pour les postes de gestion, ce basculement change la nature du risque. Un cadre performant dont le salaire a décroché de sa valeur marchande ne le signalera pas nécessairement. Il répondra simplement à l’appel d’un chasseur de têtes, et la contre-offre de la dernière minute, en plus de coûter cher, échoue plus souvent qu’on le croit une fois la décision de partir mûrie. La rétention se joue avant la lettre de démission, dans la révision périodique du positionnement de chaque poste. Les organisations qui balisent leurs salaires de cadres une fois tous les cinq ans découvrent les écarts en même temps que leurs démissionnaires.

Analyse de graphiques salariaux

Ce que gagnent réellement les gestionnaires québécois

Les données publiques permettent d’objectiver la discussion, et elles sont plus riches qu’on le pense. Les fiches du gouvernement du Québec sur les professions, alimentées par l’information sur le marché du travail, publient des fourchettes horaires par fonction de gestion pour la période 2023 à 2025. Le tableau suivant en présente quatre parmi les plus recherchées, avec la moyenne québécoise en point de comparaison.

Fonction Salaire horaire médian Fourchette observée Perspectives 2025-2029 Emplois (2024)
Gestionnaires de systèmes informatiques 68,21 $ 44,38 $ à 105,77 $ Bonnes 23 000
Directions financières 60,50 $ 40,00 $ à 92,31 $ Excellentes 26 000
Directions des ressources humaines 57,69 $ 40,00 $ à 88,72 $ Excellentes 13 000
Directions des ventes corporatives 56,25 $ 38,46 $ à 98,90 $ Très bonnes 18 000
Ensemble des salariés québécois 35,05 $ (moyenne) s. o. s. o. 4 645 000

La dernière ligne provient du bilan 2025 de l’Institut de la statistique du Québec, qui situe le salaire horaire moyen à 35,05 $, en hausse de 3,6 % sur un an alors que l’inflation atteignait 2,4 %. Deux constats s’imposent à la lecture du tableau. D’abord, l’étendue des fourchettes : chez les directions des ventes, l’écart entre le bas et le haut de l’échelle dépasse 60 $ l’heure, reflet de la taille des organisations, des secteurs et des structures de boni. Un balisage sérieux ne compare donc jamais un titre, il compare un contenu de poste dans un contexte donné. Ensuite, les perspectives d’emploi qualifiées d’excellentes pour les fonctions finance et ressources humaines annoncent une pression durable sur ces salaires, peu importe la conjoncture générale.

C’est ici que les outils numériques rendent service aux deux camps. Un service RH qui prépare une ouverture de poste peut confronter son échelle interne à un estimateur de salaire construit sur des données du marché québécois en quelques minutes, avant de lancer l’affichage plutôt qu’après trois semaines de silence. L’exercice inverse vaut aussi : présumer qu’un candidat sérieux aura fait la même vérification, et bâtir l’offre en conséquence.

Estimateur de salaire Québec de BC Ressources humaines, exemple d'estimation

Une précaution de méthode s’impose avec toutes ces sources. Les fourchettes publiques reposent sur des enquêtes qui datent parfois de dix-huit mois au moment de leur consultation, dans un marché qui a bougé entre-temps. Le Guichet-Emplois fédéral, les fiches provinciales et les enquêtes privées ne mesurent pas non plus exactement la même chose : salaire de base pour les unes, rémunération incluant certaines primes pour les autres. Comparer des données hétérogènes sans le savoir mène à des échelles bancales. La règle simple consiste à noter, pour chaque source utilisée, la période couverte et ce qui est inclus dans le chiffre.

La rémunération globale a pris le dessus sur le salaire de base

Contrairement à une idée tenace, les cadres ne se décident pas uniquement au montant du chèque. À niveau de salaire comparable, la décision bascule sur le reste : boni annuel et critères de déclenchement, régime de retraite avec cotisation de l’employeur, assurances, vacances négociées, flexibilité réelle du mode de travail, budget de développement professionnel. Une offre à 145 000 $ avec un boni discrétionnaire flou perd régulièrement contre une offre à 138 000 $ dont le boni de 15 % repose sur des cibles écrites. Les employeurs qui chiffrent la valeur totale de leur proposition, noir sur blanc, négocient avec un avantage mesurable.

L’équité interne impose l’autre borne de l’exercice. Recruter une nouvelle direction 20 % au-dessus des titulaires en poste crée une dette de cohérence qui finit toujours par se payer, en demandes d’ajustement ou en départs. La Loi sur l’équité salariale encadre par ailleurs les écarts entre catégories d’emplois à prédominance féminine et masculine, et les obligations de maintien s’appliquent aussi aux structures de cadres. À mon sens, la discipline la plus rentable consiste à définir la fourchette complète avant de rencontrer le premier candidat : point d’entrée, cible d’embauche, maximum absolu. Ce cadre, décidé à froid, protège contre les enthousiasmes de fin de processus qui font exploser les structures salariales.

Bâtir une échelle défendable, puis la communiquer

Une échelle salariale de cadres se construit en trois temps. Le balisage externe d’abord : croiser au minimum deux sources, par exemple les données gouvernementales du tableau précédent et une enquête sectorielle, en ajustant pour la taille d’organisation et la région, puisque Montréal, Québec et les régions ressources n’évoluent pas au même rythme. Le positionnement ensuite : décider consciemment si l’organisation paie à la médiane, au 60e ou au 75e centile, en assumant que ce choix détermine qui elle pourra attirer. Viser le 75e centile pour tous les postes est financièrement intenable; le réserver aux fonctions critiques relève de la saine gestion.

La communication constitue le troisième temps, le plus négligé. Une échelle que personne ne connaît ne retient personne. Les organisations les plus efficaces expliquent à leurs cadres où se situe leur salaire dans la fourchette, ce qui déclenche une progression et à quel horizon. Cette transparence désamorce une bonne part des insatisfactions, qui naissent plus souvent de l’opacité que du montant lui-même. Elle prépare aussi l’avenir immédiat : les exigences de transparence salariale progressent partout au Canada, et les affichages de postes de gestion sans fourchette se remarquent déjà, en mal. Les employeurs qui souhaitent outiller leurs gestionnaires trouveront par ailleurs une série d’outils gratuits destinés aux employeurs comme aux candidats pour appuyer ces conversations, de l’affichage jusqu’à l’offre.

Questions fréquentes sur la rémunération des cadres

Faut-il viser le 75e centile pour attirer de bons candidats?

Pas systématiquement. Le 75e centile se justifie pour les postes dont la vacance coûte cher chaque semaine ou dont le marché est en pénurie structurelle, comme certaines directions technologiques. Pour la majorité des fonctions, une cible à la médiane, combinée à une rémunération globale solide et à un mandat stimulant, demeure compétitive. Payer au sommet sans réflexion crée des attentes difficiles à soutenir dans la durée.

À quelle fréquence réviser le positionnement salarial des postes de cadres?

Un balisage complet aux deux ans constitue un bon rythme de croisière, avec une vérification annuelle rapide pour les fonctions les plus exposées au marché. Les années de forte inflation ou de pénurie aiguë, comme le Québec en a connu entre 2021 et 2023, justifient un resserrement. Le signal d’alarme le plus fiable reste le terrain : deux refus d’offre consécutifs pour le même poste imposent une révision immédiate.

Comment réagir quand un cadre reçoit une offre supérieure ailleurs?

La contre-offre ponctuelle est un pansement, pas un traitement. Elle peut retenir la personne quelques mois, mais les motifs de départ non salariaux, le mandat, la relation avec la direction, les perspectives, refont surface rapidement. La meilleure réponse est préventive : un positionnement révisé régulièrement et des conversations de carrière honnêtes. Si l’offre externe révèle un décrochage réel de votre échelle, corrigez l’échelle, pas seulement le cas individuel.

Les fourchettes doivent-elles apparaître dans les affichages de postes de direction?

La pratique se généralise et joue en faveur des employeurs qui l’adoptent. Une fourchette affichée filtre naturellement les candidatures incompatibles, accélère les processus et signale une maison en ordre. La réticence classique, soit la crainte que les titulaires en poste comparent, tombe d’elle-même lorsque l’équité interne a été faite sérieusement. Si l’affichage d’une fourchette gêne, le problème se situe rarement dans l’affichage.

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